« Faire parler les sources »

Qu’est-ce qu’une source en histoire ? Quel statut lui donner ? Quelle est sa matérialité ? Comment y accéder ? Quelle méthode employer pour la faire parler ? Quelles difficultés pose-t-elle aux historiennes et aux historiens ?

Ces premières rencontres doctorales proposent à chacune et à chacun de présenter une trace
du passé, brute, de première main. On attend, a priori, une description de conditions qui en font une source historique. En effet, ce sont sans doute les usages pluriels d’un même document, de la micro-illustration à la démonstration sérielle, qui en font la richesse. L’approche critique est sans doute privilégiée, afin d’expliquer, au-delà de « l’aura » (W. Benjamin), comment faire parler des « témoins malgré eux » (M. Bloch).

Lire l’appel à communications

Cette journée d’étude, ouverte aux doctorantes et doctorants de TEMOS (UMR 9016 CNRS),
se tiendra au Mans le jeudi 16 juin 2022. Les propositions de communications, composées d’un
titre, d’un résumé de 300 mots au maximum et d’une copie de la source qui sera présentée, doivent être envoyées au plus tard le 4 mars 2022 à karl-alexandre.zimmer[arobase]univ-lemans.fr et laurent.ropp[arobase]univ-lemans.fr. Une réponse sera donnée mi-avril.

Journée d’études n°3 ReLRace : « Effacer la macule ? Conflits d’appartenance et communautés de foi (XIIIe-XIXe s.) »

Journée d’études organisée par Antonio DE ALMEIDA MENDES, Maître de conférences en histoire moderne à Nantes Université – CRHIA, Baptiste BONNEFOY, Maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Nanterre – ENSA / Mondes Américains, et Vincent VILMAIN, Maître de conférences en histoire contemporaine à Le Mans Université – TEMOS

Le rapport entre la macule, au sens d’une souillure ineffaçable, indélébile, et la conversion, renvoie à une tension ancienne entre deux historiographies. La première a mis en avant l’incompatibilité fondamentale des religions chrétienne et musulmane avec la race et le racisme, en insistant sur l’universalité du salut. La seconde, au contraire, a dénoncé les matrices chrétiennes et/ou musulmanes du racisme, à partir du moment où la théologie remettait en question l’efficacité de la conversion, que ce soit pour maintenir sans souillure la communauté et les honneurs, ou pour justifier l’esclavage et la traite, créant ainsi des statuts ou des lignées spécifiques au sein de la communauté religieuse. Dès lors, la conversion n’effacerait ni la macule de l’infidélité originelle, ni celle de l’esclavage, justifiant des formes d’exclusion religieuse envers les nouveaux convertis, les esclaves ou les affranchis (J. H. Sweet, 1997 ; M. E. Martínez, 2008 ; B. Hall, 2011 ; R. Goetz, 2012 ; M. S. Hering Torres, 2012).

Loin de ces deux tendances, des travaux récents ont revisité les liens entre macule, conversion et esclavage, en soulignant la pluralité des contextes locaux, ainsi que l’ambivalence et la malléabilité des discours religieux. Sur la question de la réduction des populations africaines en esclavage, par exemple, les débats des théologiens de l’époque moderne ont davantage porté sur les contours de la guerre juste que sur la malédiction de Cham ou la marque de Caïn (B. Braude, 2002 ; S. R. Haynes, 2002 ; D. M. Goldenberg, 2003 ; C. Zeron, 2009, 2017 ; D. M. Whitford, 2009), accordant ainsi, dans la pratique, une importance cruciale aux temporalités et aux modalités de la conversion dans la négociation des statuts et des assignations sociales (R. T. Ware, 2014 ; C. Ireton, 2019, 2020).

L’arrivée des Européens sur les côtes d’Afrique de l’Ouest puis aux Amériques induit des contacts inédits entre des populations culturellement différentes. Dans les enclaves européennes qui naissent sur les côtes d‘Afrique de l’Ouest, des catégories telles que le sang, le lignage et la race ont dû s’adapter aux enjeux sociaux et politiques des sociétés sénégambiennes rapidement métissées et elles-mêmes confrontées à des processus d’islamisation, de réhiérarchisation par le lignage, et/ou de reconfiguration territoriale complexe. La notion de « sang », de « race », qui liaient la « qualité » des lignages, la couleur de la peau et à l’« honneur », véhiculée par les représentations européennes, mérite d’être mise en miroir avec les catégories de caste, d’ordre ou de lignage dans les processus identitaires à l’œuvre dans les sociétés sénégambiennes. Ces désignations évoluent et interagissent dans le temps pour différencier des « vertus » héréditaires et des qualités assignées de pureté ou d’impureté, liées à une ascendance libre ou servile (J. Schmitz, 1994 ; A. Ngaide, 2003 ; I. Thioub, 2012).

Cette troisième journée d’étude ReLRace souhaite prolonger ces travaux, en réévaluant l’impact des rites et des sacrements religieux sur les statuts et les registres d’appartenance des convertis au sein des communautés de croyants, et plus généralement sur les redéfinitions théologiques du pur et de l’impur. L’objectif de la journée est d’aborder et d’historiciser des questions aussi diverses que le rôle des lignages dans la définition et la pérennisation de la macule, les liens entre racialisation et conversions massives, ainsi que les mécanismes et stratégies d’accès à certaines sphères et dignités théoriquement soumises à des statuts de pureté de sang, et à ce titre, interdites aux néo-convertis, aux descendants d’esclaves ou aux gens de couleur. Conversion, mariage, dispenses religieuses, passing : quand et comment effaçait-on la macule ? Cette problématique sera confrontée à une multitude de terrains, depuis le XIIIe jusqu’au XIXe siècle, afin de mettre à jour les spécificités locales dans l’articulation des discours et des pratiques d’exclusion en religion.

Consulter le programme de la journée d’études et prendre connaissance de l’ensemble de l’ANR RelRace

 

Du plateau continental aux abysses

Longtemps demeurés hors de vue et de portée des sociétés humaines, les fonds marins ont néanmoins une histoire, que ces journées d’études internationales voudraient contribuer à éclairer dans une perspective d’histoire environnementale.

Réunissant historien.ne.s, juristes, sociologues et architectes, elles viseront, d’une part, à établir un premier bilan des travaux consacrés à ces environnements encore trop souvent négligés par l’historiographie et, d’autre part, à identifier de nouvelles pistes de recherche pour améliorer la connaissance des dynamiques historiques qui les ont façonnés.

abysses

Télécharger le programme complet des journées d’études (cliquer)

Journée d’études Mémoires honteuses

Organisateur
Laurent Ropp, doctorant en histoire moderne et contemporaine, Le Mans Université, TEMOS

Argumentaire
Les mémoires collectives semblent se focaliser avant tout sur des événements perçus de manière positive par les groupes porteurs de mémoire, en particulier dans le cadre des communautés chrétiennes. Témoignant de l’accomplissement d’un plan providentiel ou de la fidélité de croyants envers Dieu en dépit des difficultés, les faits mémorisés sont généralement honorables. Pour autant, certains actes commis par des chrétiens peuvent embarrasser leurs coreligionnaires des années ou des siècles plus tard comme la Saint-Barthélemy, dénoncée en 2015 par le pape François1, plus de quatre siècles après la célébration de la tuerie par Grégoire XIII. Les regards portés sur les actes des pères dans la foi peuvent aussi varier à une même époque selon les groupes sociaux comme l’a montré Philippe Joutard2. La honte vis-à-vis d’épisodes du passé est donc bien un phénomène historique, aux origines variées et ressenti différemment dans le temps et en fonction des acteurs.
Cette émotion suscitée par un fait jugé déshonorant est d’abord individuelle mais peut aussi, à l’instar de la mémoire, être étudiée à l’échelle d’un groupe lorsqu’elle est largement partagée. Les hontes collectives ressenties face à des épisodes encombrants des passés communautaires peuvent ne laisser que de faibles traces, ce qui complexifie leur étude et explique qu’elles soient, dans l’ensemble, restées à l’écart de la recherche. Cette journée d’étude, centrée sur le christianisme en Europe (et ses prolongements coloniaux), vise à les explorer dans la longue durée, du Moyen Âge à nos jours.

Cliquer ici pour accéder au programme complet.

Les objets du passé : construction des savoirs, évolution des perceptions

Georges Perec, dans son roman Les choses, aborde la place démesurée qu’occupent les objets au sein de notre société de consommation. Et il nous explique que le besoin que nous avons des objets tient plus à leur mythologie qu’à leur matérialité. La matérialité de l’objet c’est l’usage pour lequel il a été élaboré, fabriqué, puis utilisé. La mythologie de l’objet, c’est la perception collective de celui-ci, le discours qui peut le faire passer de « l’infra-ordinaire » à l’extraordinaire, du statut d’objet banal à celui d’objet marquant et signifiant.

Tout objet, quel que soit son statut, a une finitude liée à celle de la société au sein de laquelle et pour laquelle il a été conçu. Abandonné, ou soigneusement conservé pour des raisons mémorielles ou patrimoniales, l’objet du passé interroge en tant que témoin matériel des générations antérieures, d’une société disparue, d’une culture révolue. Dans le cadre d’une découverte archéologique, on parle d’invention, très beau terme qui renvoie à notre ignorance et au fait que la mémoire de l’objet s’est en partie ou parfois totalement perdue au fil du temps. Inventer un objet du passé, c’est reconstituer sa mémoire, le restituer dans sa matérialité (dimensions techniques et fonctionnelles) et dans sa mythologie (dimensions sémiologiques et polysémiques).

Depuis le regard savant porté par les antiquaires, nombre de disciplines scientifiques appartenant aux sciences humaines et aux sciences de la matière ont construit un solide socle de connaissances sur les objets, des premiers outils du Paléolithique jusqu’aux boîtes de conserve ou les consoles de jeux d’un « passé proche du présent ». Les historiens des savoirs se sont depuis quelques décennies emparés de perspectives et d’outils d’analyse élaborés au sein de l’archéologie, de l’anthropologie culturelle et sociale et de l’histoire économique selon trois perspectives principales : technique (analyse technologique de la culture matérielle, savoirs et savoir-faire), sociale, culturelle et économique (usages sociaux, construction des identités) et biographique (transformations physiques, usuelles, symboliques de l’objet).

Une première journée d’études de TEMOS portant sur « les objets du passé : construction des savoirs, évolution des perceptions » propose d’étudier autour de ces trois approches la gamme des « objets » que rencontrent les historiens des sciences et des savoirs, dans une volonté d’interaction entre les disciplines et de large ouverture thématique.

Conque de Terre-Neuvas, objet du passé
Conque de Terre-neuva | https://histubs.hypotheses.org/category/exposition-numerique-2020

Programme

10 h – 12 h 30 Session de communications

Sylviane Llinares (TEMOS, UBS) : De la maquette au diorama : des mondes maritimes en miniatures à partir de quelques exemples, XVIIe-XIXe s.
Isabel Bonora (Musée d’archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye) : Le moulage du char de Strettweg (MAN): une histoire de l’archéologie
Anaïs Got (TEMOS, UA) : Essayer pour rationaliser un objet vivant : le travail des stations d’essais de semences (XIXe-XXe siècles)

Discussion des communications

14 h – 16 h Table ronde et perspectives

Table ronde animée par Dominique Frere (TEMOS, UBS), Cristiana Oghina-Pavie (TEMOS, UA) et Nathalie Richard (TEMOS, LMU).

Journée d’étude « Amatrices ? Femmes en sciences (1850-1950) »

Journée d’étude organisée dans le cadre du programme ANR-18-CE27-0027-01 AmateurS -Amateurs en sciences (France, 1850-1950): une histoire par en bas, coordonné par Nathalie Richard.

Amatrices

(Cliquer sur l’image pour consulter le programme)

En raison des mesures sanitaires actuelles, des captations vidéos des interventions seront accessibles au public, à la suite de la journée, sur le site du projet AmateurS : http://ams.hypotheses.org/.

Journées d’études ReLRace 1 & 2

Journées d’études organisées dans le cadre du programme ANR RelRace – Religions, lignages et « race » porté par Vincent Vilmain.

« De [C]ham à Yakub. Structures, emplois et diffusions des discours généalogiques religieux »
« Races élues, races maudites »

(Cliquer sur l’image pour consulter le programme)

AAC | Journée d’étude Mémoires honteuses

Journée d’étude Le Mans Université/TEMOS

9 novembre 2021

Organisateur
Laurent Ropp, doctorant en histoire moderne et contemporaine, Le Mans Université, TEMOS

Argumentaire
Les mémoires collectives semblent se focaliser avant tout sur des événements perçus de manière positive par les groupes porteurs de mémoire, en particulier dans le cadre des communautés chrétiennes. Témoignant de l’accomplissement d’un plan providentiel ou de la fidélité de croyants envers Dieu en dépit des difficultés, les faits mémorisés sont généralement honorables. Pour autant, certains actes commis par des chrétiens peuvent embarrasser leurs coreligionnaires des années ou des siècles plus tard comme la Saint-Barthélemy, dénoncée en 2015 par le pape François1, plus de quatre siècles après la célébration de la tuerie par Grégoire XIII. Les regards portés sur les actes des pères dans la foi peuvent aussi varier à une même époque selon les groupes sociaux comme l’a montré Philippe Joutard2. La honte vis-à-vis d’épisodes du passé est donc bien un phénomène historique, aux origines variées et ressenti différemment dans le temps et en fonction des acteurs.
Cette émotion suscitée par un fait jugé déshonorant est d’abord individuelle mais peut aussi, à l’instar de la mémoire3, être étudiée à l’échelle d’un groupe lorsqu’elle est largement partagée. Les hontes collectives ressenties face à des épisodes encombrants des passés communautaires peuvent ne laisser que de faibles traces, ce qui complexifie leur étude et explique qu’elles soient, dans l’ensemble, restées à l’écart de la recherche. Cette journée d’étude, centrée sur le christianisme en Europe (et ses prolongements coloniaux), vise à les explorer dans la longue durée, du Moyen Âge à nos jours.

Mémoires honteuses - Gravure du massacre de Nîmes en 1567
Le massacre fait à Nîmes en Languedoc la nuit du 1er octobre 1567 | Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Axes thématiques
Les propositions de communication pourront s’inscrire dans les axes suivants (qui ne sont pas exclusifs).
1. Approcher les mémoires honteuses
L’importance de l’oubli, des omissions ou des tabous qui entourent les faits embarrassants du passé pose la question des sources et des méthodes appropriées pour accéder aux mémoires honteuses depuis le Moyen Âge. Les communications pourront mettre en valeur la diversité des approches possibles selon les époques auxquelles les mémoires sont étudiées.
2. Les faits honteux et les acteurs
À côté des violences commises par des coreligionnaires du passé (guerres, massacres, conversions forcées…), d’autres faits peuvent susciter la honte, comme l’abandon de la foi, voire la naïveté face à des violences subies. Par ailleurs, qui a commis des faits honteux et qui a honte ? L’opprobre est-il jeté sur une partie seulement de la communauté religieuse ? L’expression de la honte est-elle un moyen de distinction sociale ?
3. Face aux passés honteux
On réfléchira aux moyens déployés en vue de perpétuer l’oubli et à la rhétorique mise en œuvre pour arranger les faits à l’avantage des porteurs de mémoire. Les contributions pourront également examiner les demandes de pardon et leurs effets à différentes échelles : la reconnaissance des faits du passé par des représentants de deux confessions permet-elle d’améliorer la coexistence interconfessionnelle ?

Modalités de contribution
Les propositions (un titre et un résumé de 300 mots au maximum), accompagnées d’un bref CV, doivent être envoyées à Laurent Ropp (laurent.ropp@univ-lemans.fr) au plus tard le 16 avril 2021 .

Comité scientifique
Céline Borello, professeure d’histoire moderne, Le Mans Université, TEMOS
Laurent Ropp, doctorant en histoire moderne et contemporaine, Le Mans Université, TEMOS

XIXe Journée d’archivistique d’Angers

Cette journée d’étude est organisée chaque année par les étudiant·e·s du master Archives d’Angers; en 2021 ce sont dix-huit apprenti·e·s archivistes qui ont ainsi l’occasion de mettre en pratique les savoirs acquis durant leur formation.

Le thème retenu pour 2021:

Community Archives
Archives et identité(s) collectives. Les spécificités d’une approche française.

Entièrement en ligne. Plus d’informations sur : http://blog.univ-angers.fr/jem2archives/

Le prix Valérie-Poinsotte, qui vise à valoriser et soutenir les travaux universitaires de jeunes chercheurs en récompensant deux mémoires de première année des masters Archives et Bibliothèques de l’université d’Angers, sera décerné à cette occasion.