Soutenances 2024

Anaïs GOT | UA | 5 juin | Histoire des essais de semences dans une perspective internationale (XIXe -XXe siècles)

Direction: Yves Denéchère

En 1869, l’agronome allemand Friedrich Nobbe pose les bases d’une nouvelle spécialité scientifique et technique appelée essais de semences qui a pour mission d’évaluer la qualité des semences agricoles dans le but d’assainir les commerces des semences et accompagner le développement agricole. Dès la fin du XIXe siècle, les essais de semences se diffusent principalement en Europe et en Amérique du Nord tandis que le commerce des semences se fait de plus en plus mondialiser. Cette thèse étudie l’histoire de cette spécialité, en s’intéressant à la manière dont les scientifiques et techniciens de la spécialité, au sein d’une association internationale, l’ISTA, coopèrent à des fins d’uniformisation de leurs méthodologies.

Patrick GRELET | LMU | 4 novembre | L’histoire de la photométrie en France au XIXe siècle. La mesure de la lumière entre métrologie physique et métrologie sensorielle.

Direction: Nathalie Richard

La photométrie est la science qui s’intéresse à la mesure de la lumière, à l’intensité, l’éclat, la brillance des sources lumineuses. Ses principes et ses méthodes ont été définis au XVIIIe siècle, en partie par Pierre Bouguer (1698-1758), dans son Essai d’optique sur la gradation de la lumière, publié en 1729. Pourtant, un siècle plus tard, en 1833, François Arago (1786-1853) évoque, devant ses confrères académiciens, une science « restée à peu près stationnaire », à côté « des progrès brillants et inespérés » de l’optique. Mêmement, en 1894, dans la revue La Lumière électrique, André Blondel (1863-1938), un jeune ingénieur employé au Service des phares et balises, se plaint du « peu de développement théorique » d’une science qui « a conservé sans grand changement la phraséologie qu’elle a reçue du XVIIIe siècle ». Il s’agit ici de questionner la langueur supposée de la photométrie pendant tout le XIXe siècle. Le dépouillement des abondantes sources imprimées (revues scientifiques, professionnelles et une presse de vulgarisation en pleine expansion) a mis en lumière les travaux des photométreurs du XIXe siècle et leur implication dans l’industrie de l’éclairage, avec l’appui des pouvoirs publics. Cette recherche livre aussi une analyse inédite des travaux de savants méconnus : ceux d’Antoine-Philibert Masson sur la photométrie de l’étincelle électrique et ceux réalisés à Marseille de 1879 à 1884 par Jules Macé de Lépinay et William Nicati sur la photométrie des sources colorées. Ces études où les effets physiologiques propres à la vision le disputent aux phénomènes physiques ont permis d’affirmer la place de la photométrie entre la métrologie physique et la métrologie sensorielle. Enfin, les recommandations sur l’unité de lumière, formulées lors des congrès internationaux des électriciens qui s’échelonneront de 1881 à 1900 ont été examinées ainsi que la présomption contre l’étalon Violle.

Laurent ROPP | LMU| 22 novembre | Un passé dépassé ? Les mémoires protestantes des guerres de Religion (vers 1685-2022)

Direction: Céline Borello

Alors que les protestants français cultivent le souvenir de la Saint-Barthélemy depuis le XVIe siècle, le contexte des guerres de Religion (1562-1598), dans lequel s’inscrivent les célèbres massacres, semble beaucoup moins retenir leur attention. Or ces troubles civils et religieux représentent une crise majeure de l’histoire nationale et voient, pour la première fois, les protestants français prendre les armes. C’est tout l’objet de cette enquête que de saisir, dans la longue durée, les mémoires de ces conflits dans les communautés issues de la Réforme. Des années 1680, marquées par une controverse interconfessionnelle sur les guerres de Religion, au 450e anniversaire de la Saint-Barthélemy (2022), cette recherche éclaire la manière dont le présent influence le souvenir des luttes du second XVIe siècle et examine dans quelle mesure ces conflits du passé restent d’actualité dans les siècles qui les ont suivis. Un vaste corpus imprimé, auquel s’ajoutent des sources plus originales, comme 526 réponses à un questionnaire en ligne, est mobilisé afin de rendre compte des réactivations mémorielles et de mettre au jour les continuités et les transformations des représentations et des usages des troubles. Centrée sur les réformés français tout en intégrant les luthériens et les évangéliques de l’Hexagone ainsi que les communautés protestantes de trois pays d’accueil de la diaspora huguenote, cette investigation offre également une réflexion sur l’unité et la pluralité des mémoires huguenotes.

Hélène KLEIN | UA | 3 décembre | Le vécu de la « charge corporelle » des femmes en France depuis 1950

Direction: Christine Bard

Ce travail de thèse découle d’un questionnement propre à la compréhension de l’existence et de l’évolution d’une charge corporelle subie par les femmes en France, depuis 1950. Après avoir réalisé des entretiens de plusieurs heures avec cent-quinze femmes entre dix-neuf et quatre-vingt-seize ans, il n’est pas possible d’affirmer l’existence d’une charge corporelle féminine commune et identique pour toutes ces femmes en France d’appartenances régionales, sociales et générationnelles différentes. Plus encore, loin d’être une charge, entretenir son corps et son apparence est appréhendé comme source de plaisir pour certaines femmes interrogées. Parmi toutes les thématiques abordées sur le sujet très large du vécu corporel, deux types de charges ont pu être dégagés. Le premier est celui de la charge physiologique invisibilisant les corps menstrués, les corps enceints et allaitants et les corps ménopausés. Plus encore, les corps enceints et ménopausés peuvent vivre une expérience de marginalisation sociale et sociétale, en contraste avec la mise en exergue des corps nullipares. Un second type de charge est ressorti des entretiens avec ces femmes, celui d’une charge liée aux pratiques de soins corporels, au travers de l’usage des cosmétiques, de l’activité physique et sportive et de l’hygiène corporelle. Ces pratiques oscillent entre bienfaits et contraintes, c’est-à-dire entre le soin de soi et les risques liés à la santé mentale et physique. Finalement, une des grandes limites de ce travail réside dans le manque de diversité socio-démographique du recrutement des participantes. Cet écueil empêche alors la montée en généralité des conclusions de ce travail.