Soutenances 2021

Adélaïde LALOUX | UA | 15 avril | Les dossiers individuels de la protection de l’enfance : constitution, conservation, accès

Direction: Patrice Marcilloux , co-direction: Hervé RIHAL, Professeur émérite Université d’Angers

L’écoute des anciens de la protection de l’enfance permet de constater à quel point les archives qui les concernent peuvent être constitutives d’une identité et porteuses d’un lien tout à fait particulier. Marie-Christine, au cours de sa quête, revendique une forme de propriété de ces documents qu’elle considère comme privés : «ce sont des histoires personnelles, ce sont des vies, on donne, on ne garde pas pour soi la vie de quelqu’un d’autre». Les difficultés d’accès à ces dossiers justifient et nécessitent une réflexion archivistique spécifique pour parvenir à une consultation de ces archives qui réponde mieux aux besoins de ces usagers. L’étude des dossiers individuels de la protection de l’enfance permet d’établir que cette catégorie d’ego-archives se caractérise par une valeur existentielle qui doit être perçue et positionnée parmi d’autres valeurs et centres d’intérêt. La valeur existentielle, fondement du lien qui unit les usagers aux archives les concernant, oriente donc la manière de traiter ces dossiers. Elle appelle à penser une nouvelle dimension dans le cycle de vie des archives que nous modélisons dans une adaptation du modèle du records continuum de Frank Upward. En s’appuyant sur un recueil de données inédit qui repose sur un échantillon de 500 dossiers d’enfants, un corpus de données issues du web permettant de donner la parole aux usagers et des entretiens réalisés auprès des différentes catégories d’acteurs, ce travail aboutit à la production de bonnes pratiques professionnelles. Elles ont pour but d’améliorer la communication des dossiers aux usagers dans une perspective de qualité du service public.

Benoît CEREZUELLE | UA | 18 juin | L’Apocalypse plutôt que le mythe. Histoire de la pensée des héritages antiques développée dans l’oeuvre de René Girard

Direction: Philippe Blaudeau

René Girard (1923-2015) a élaboré tout au long d’une œuvre s’étendant sur une cinquantaine d’années une pensée historique qu’il qualifie d’«histoire mimétique de l’humanité». Les héritages que Girard tire de l’Antiquité y sont d’une importance majeure, et permettent de placer chronologiquement cette période à la jonction entre «archaïsme» mimétique et sacrificiel et «modernité» mimétique mais non sacrificielle. Sa lecture des mythes et des tragédies grecques lui permet de postuler que chaque société pré-chrétienne (ou société archaïque) a son origine dans des mécanismes inconscients de violences mimétiques collectives. L’analyse effectuée des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament cherche à montrer que le christianisme consiste en une révélation totale du fonctionnement de ces violences, en particulier à travers les récits évangéliques. L’interprétation de ces mêmes textes est également à la racine de sa conception de la modernité mimétique, car le refus partiel de la Révélation donne l’impulsion à un double mouvement historique. D’une part, le contenu authentique du message chrétien s’inscrit dans l’histoire et y diffuse un savoir authentique sur le fonctionnement des violences humaines, faisant reculer l’archaïsme sacrificiel ; d’autre part, la disparition progressive de cet ordre sacrificiel, dont le rôle unique était de contenir les violences mimétiques, ne protège plus les sociétés dans lesquelles le christianisme se répand : dès lors, celles-ci se retrouvent donc devant le risque d’une Apocalypse entièrement constituée de violences humaines, conception que Girard précise à partir des passages apocalyptiques des textes évangéliques.

Camille CLERET | UA | 9 juillet | Le lys et la plume. L’Action française, au miroir des correspondantes de Charles Maurras ou l’histoire intime d’un engagement féminin d’extrême droite (1898-1952)

Direction: Christine Bard

Laboratoire d’idées, école doctrinale, formation de combat, l’Action française occupe une place incontournable dans l’histoire de l’extrême droite française. Né en 1898, dans le sillage de l’Affaire Dreyfus, ce mouvement protéiforme ouvre précocement ses rangs aux Françaises, à une époque où celles-ci sont exclues de la citoyenneté politique. La présence de des femmes dans l’historiographie demeure, à ce jour, discrète. Fondée sur l’analyse des lettres adressées à leur « Maître », Charles Maurras, cette thèse interroge les ressorts de tels engagements. En suivant pas à pas ces épistolières dans leurs trajectoires, elle cerne le cerne le sens qu’elles attribuent à leur combat : en se rebellant contre « Marianne », ces femmes ne se révoltent-elles pas également contre leur propre exclusion de la Cité ? Ce faisant, cette thèse revisite, au miroir d’une correspondance féminine, l’histoire d’un mouvement, moins hermétique qu’il n’y paraît, aux réalités de son temps. Située à la croisée de l’histoire sociale du politique, de l’histoire des femmes, et des recherches sur l’épistolaire, l’analyse débute à l’aube du XXe siècle, lors de la fondation de l’Action française. Elle s’étend sur un demi-siècle, jusqu’à la disparition de Charles Maurras en 1952.

Jallal MESBAH | UA | 12 juillet | Le corps politique. Une histoire de l’activisme Femen : Ukraine, France, Tunisie, Québec (2008-2020)

Direction: Christine Bard

Le mouvement féministe Femen est né en 2008, en Ukraine. À partir de 2011, la pratique de la manifestation seins nus se diffuse dans plusieurs pays. Se dénuder n’est pas inédit dans l’histoire des femmes. Toutefois, le fait de protester topless pour des raisons féministes cristallise les débats sur la sexualisation du corps féminin et sa médiatisation. Ces controverses se déploient dans les arènes militante, médiatique et judiciaire. Trois territoires (France, Tunisie et Québec) sont comparés, à partir de sources multiples (orales, médiatiques, judiciaires, etc.) afin de réaliser une histoire connectée et immédiate de l’organisation féministe et des controverses qu’elle provoque. Femen, est-ce un phénomène social et politique ou un pur effet médiatique ? L’analyse du vécu des militantes restitue leur devenir féministe et l’impact du mode d’action sur les trajectoires. Divers protagonistes (États, institutions judiciaires, médias, adversaires et allié.e.s politiques) participent à la dynamique de la mobilisation. Certains contestent le sens « politique » que les militantes affirment dans l’usage de leurs nudités. Cette thèse montre à la fois l’apport des activistes féministes à un processus politique (le corps-sujet) et les effets de récupération, de stigmatisation et de reproduction des normes de genre stéréotypées (le corps-objet). Elle se situe à la croisée de l’histoire des féminismes, de la sociologie du militantisme et de l’analyse des controverses. Le corps politique est une expérience militante entre femmes, la publicisation de leur mode d’action et ses effets sur divers protagonistes.

Valentin TAVEAU | UA | 20 septembre | Ackerman-Laurance. Famille, négoce et industrie des vins mousseux en Saumurois au XIXè siècle (1811-1914)

Direction: Yves Denéchère , co-direction: Cristiana Oghina-Pavie

Depuis près de deux siècles, les récits sur la maison Ackerman-Laurance se suivent et se ressemblent, faisant de Jean-Baptiste Ackerman le personnage pionnier et légendaire d’une extraordinaire aventure des vins mousseux à Saumur. Par une exploitation intensive des archives de l’entreprise mais également des archives publiques et des actes notariés, cette thèse propose une autre histoire en s’interrogeant sur les liens entre l’activité vinicole et les évolutions de la maison Ackerman-Laurance au XIXe siècle. Ackerman-Laurance étant le nom de l’entreprise familiale, nous avons choisi de reconstituer les familles, le négoce et l’entreprise de vins mousseux en suivant la vie de leurs chefs qui se succèdent à leur tête, Jean-Baptiste Ackerman puis son fils Louis-Ferdinand Ackerman. Dans une approche micro-historique, nous avons choisi de mettre en lumière les acteurs et les actrices, de reconstituer les structures des familles et de l’entreprise, les pratiques et les représentations du négoce et de l’industrie des vins mousseux. Une attention particulière a été prêtée à la restitution des réseaux sociaux, des mécanismes de production et de commercialisation ainsi que l’étude des interactions avec le territoire saumurois et le marché. Dans un XIXe siècle mouvementé, l’histoire Ackerman-Laurance est complexe et courbe : de la famille bourgeoise dont l’activité de manufacture de vins mousseux est dépendante du modèle de négoce familial jusqu’à la famille de notables profondément transformée par la conversion d’un patrimoine hérité en entreprise industrielle de vins mousseux dont les produits sont exportés dans le monde entier. La maison Ackerman-Laurance se raconte et se comprend par ses succès comme par ses faillites entrepreneuriales et familiales.

Elodie CHAUDET | UA | 21 octobre | Femmes, pouvoirs et parenté. Essai sur la reproduction sociale dans la Bretagne ducale à la fin du Moyen Âge (XIVe-XVe siècle)

Direction: Carole Avignon

Cette étude s’intéresse à la reproduction sociale à la fin du Moyen Âge, en prenant pour poste d’observation les femmes de l’aristocratie bretonne. Le duché de Bretagne offre un terrain d’étude pertinent dans la mesure où la compétition pour le pouvoir s’observe à plusieurs échelles : au sein du duché entre différentes factions nobiliaires, au sein du royaume de France en raison des prétentions souveraines des ducs de Bretagne, mais également à l’échelle européenne puisque les princes bretons sont des acteurs de la Guerre de Cent Ans. La parenté apparaît comme le terreau d’un accès potentiel des femmes au pouvoir en raison notamment de leurs époux, de leurs pères et mères et de leurs enfants. Le travail présenté s’intéresse en particulier au pouvoir social des femmes aristocratiques, en ce qu’il fait partie d’un système assurant aux groupes la reconduction de leur prééminence dans l’organisation sociale. Les sources retenues permettant la confrontation des discours concernant les pouvoirs pratiqués, les pouvoirs théorisés et les mises en récit des pouvoirs. Elles ont été analysées dans une démarche expérimentale s’inscrivant dans la socio-histoire, les outils et le lexique mobilisés s’inspirant de plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales. Il s’agit de comprendre comment les femmes participent au maintien et à l’accroissement des capitaux, qu’ils soient matériels ou symboliques, détenus par leur groupe de référence, la parenté. Pour y parvenir, l’analyse détaille les rôles formels et informels des femmes dans la survivance, mythique ou réelle, de ces groupes malgré l’inévitable succession des générations.

Philippine VALOIS | UA | 22 octobre | L’éveil des sens. Histoire médicale de la puberté (1750-1850)

Direction: Didier Boisson , co-direction: Nahema Hanafi

Au cours de la période contenue entre la seconde moitié du XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe siècle, la puberté en tant que concept médical est en cours de construction et en constante évolution. La puberté est attachée à des imaginaires qui participent à l’élaboration de sa définition médicale et culturelle. La métamorphose pubertaire est ainsi liée à des notions brutales comme la crise, l’orage ou la tempête : des mots matérialisant à eux seuls la puissance de la transformation pubertaire, mais aussi la dangerosité de cette période de la vie humaine qui signe la survenue de nouvelles pathologies, inconnues aux enfants. À partir des années 1780, en France, les traités et thèses de médecine consacrées à l’étude de la puberté et à l’hygiène des pubères se démocratisent. Émergent des pathologies significatives qui font de cette période de la vie, un âge critique. Cette thèse a pour objet de questionner les imaginaires médicaux et culturels associés à la puberté. Apportant une analyse critique des thèses, des traités de médecine et d’histoire naturelle, ainsi que des dictionnaires, elle en questionne les enjeux au regard, notamment, de la construction des identités sexuelles.

Julien HILLION | UBS | 26 novembre| Le bataillon des « nuisibles ». « La colonie pénitentiaire de Belle-Ile-en-Mer (1880-1911) : parcours de vies de jeunes détenus et modèle carcéral

Direction: François Ploux

Alors qu’elles existent depuis plusieurs décennies, les colonies pénitentiaires cherchent un nouveau souffle à la fin du XIXe siècle. Dans une optique de diversification des formations professionnelles proposées aux jeunes détenus, l’Administration pénitentiaire de la IIIe République décide l’ouverture, en 1880, d’une institution correctionnelle agricole, maritime et industrielle à Belle-Île-en-Mer. Souvent fantasmées, les descriptions jusqu’alors faites de l’établissement ne se sont jamais basées sur une étude approfondie des fonds d’archives.
Cette thèse offre un premier regard scientifique sur la colonie belliloise et ses institués. Elle est essentiellement basée sur l’analyse des archives de la Préfecture de Vannes, de la presse locale et de la Statistique pénitentiaire. On y découvre les parcours de vies de jeunes détenus depuis leur cellule familiale d’origine jusque, pour nombre d’entre eux, les tranchées de la Première Guerre mondiale. Disciplinaire, insulaire, correctionnelle, architecturalement éclatée, permettant une multitude de sorties physiques et spirituelles et proposant une véritable formation professionnelle aux pupilles, l’institution offre un modèle carcéral atypique.