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De la jeunesse aux Amériques. Politisations, altérités, cultures (XXe – XXIe siècles)
La jeunesse n’est-elle qu’un mot ? C’est à la célèbre réflexion de Pierre Bourdieu que répond ce livre, en ancrant sa réflexion en terre américaine et en offrant une série d’analyses qui, sans prétendre à l’exhaustivité, sont autant d’éclairages sur différents pays du continent. Loin d’être une expression univoque, la jeunesse est ici appréhendée comme une catégorie sociale construite, enjeu de luttes constantes et renvoyant à une extrême diversité de situations, allant de la condition ouvrière à l’engagement étudiant ou partisan, en passant par la déviance et la marginalité. La jeunesse est ici interrogée comme actrice et ressource politique, notamment à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Le cycle contestataire des « années 1968 » apparaît ainsi indissociable des processus de politisation à « l’ère de la jeunesse » et même au-delà. Catégorie dominée, la jeunesse est elle-même traversée par des rapports de domination signifiés par le genre. Elle est également à la source de processus d’ethnicisation ou de racialisation, fruits d’une appropriation des assignations subies ou du pari émancipateur de l’altérité, voire de mobilisations antiracistes. Surreprésentée médiatiquement dans les sociétés contemporaines, la jeunesse s’avère aussi bien autrice qu’objet des différentes productions culturelles. Si elle n’est plus nécessairement une puissance démographique, elle demeure au centre des renouvellements des cultures de masse et de la vitalité créative des Amériques. Le continent pourrait-il réellement être pensé sans sa jeunesse ? Concevant l’âge comme une modalité du social, l’ouvrage examine successivement les formes de politisations de la jeunesse, son altérité, ainsi que ses dimensions culturelles et médiatiques, allant du cinéma au hip-hop.

Asiates - Des Européens vers l'Asie, parcours et transferts culturels
« Asiate » : ce mot désigne, de façon vague – avec une connotation parfois péjorative dans le langage courant –, une personne qui entretient avec l’Asie un rapport particulier, qu’elle en revienne, y vive ou en soit originaire. Mais il a aussi d’autres significations, plus riches, moins connues, plus complexes, évoquant les effets profonds de la rencontre d’Européens avec l’Asie (le plus souvent orientale) dont ils épousent parfois les femmes, les langues ou les cultures – ou les trois ensemble, devenant autant de véritables ponts interculturels. C’est ce qui est interrogé dans cet ouvrage, avec les portraits d’êtres marqués et transformés par leur parcours en Asie. Les Asiates, ce sont des journalistes, des écrivains, des militaires engagés dans l’aventure coloniale ou les guerres de décolonisation. Ce sont aussi des missionnaires, des commerçants, des artistes, des savants archéologues ou linguistes, engagés dans l’action ou dans l’étude des civilisations locales, passionnés par la découverte approfondie d’un autre monde. Le mot renvoie aussi aux voyageurs passés et présents dans les pays alors dits d’Extrême-Orient. Derrière l’Asiate archétypal, se révèlent de nombreux profils et des trajectoires diverses. Comment décrire, sinon définir, les modalités et les effets de ces rencontres d’Occidentaux en situation coloniale et post-coloniale avec l’Asie lointaine ? Elles ouvrent de nouvelles perspectives sur les modalités d’hybridation et les transferts de cultures entre deux mondes dans le champ de l’anthropologie culturelle. Au-delà de la diversité de ces parcours, existe-t-il des traits communs ? Naît-on Asiate, ou le devient-on ? Autant de questions dont l’univers mondialisé qui est le nôtre renforce la pertinence.

Naissance de l'indigénisme
Qu’est-ce qu’être indigène en Amérique latine ? Est-ce le fruit d’une situation coloniale, héritée des lointaines conquêtes ibériques ? Ou s’agit-il d’une identification politique plongeant en réalité ses racines dans une histoire beaucoup plus récente ? À l’heure des multiples débats sur le legs des empires coloniaux, cette enquête interroge le caractère socialement construit de l’indianité dans les Amériques contemporaines : la catégorie « indigène » doit en effet être appréhendée comme une ressource multidimensionnelle, déployée aussi bien par des États dits indigénistes que par un continuum d’organisations s’identifiant comme autochtones. L’indigénisme – dynamique transnationale, entreprise scientifique, politique publique, mouvement social et élan religieux – a bel et bien inventé l’indigène. Laboratoire de l’anthropologie appliquée, le Mexique révolutionnaire a été le fer de lance de l’indigénisme américain. Obsédées par l’idée d’une nation homogène, ses élites blanches et métisses ont continuellement cherché à « incorporer l’Indien à la civilisation », à grands renforts d’écoles, de coopératives, de routes et de dispensaires. Face à cette mission assimilatrice, les représentants autochtones se sont constamment mobilisés pour faire entendre les revendications politiques, sociales et culturelles de la « race indigène ». Enjeu de luttes permanentes, l’indigénisme est devenu ainsi le mode de décolonisation des Amériques au XXe siècle.

Habiter les faubourgs et les banlieues
Dans l’imaginaire commun, les banlieues sont associées à la relégation spatiale et envisagées comme des territoires « en crise ». Pourtant, l’histoire sociale a montré que faubourgs et banlieues sont habités par une population diversifiée selon qu’il s’agit d’espaces résidentiel, de loisir, artisanal et industriel ou de production agricole. Cet ouvrage s’inscrit dans ces renouvellements en donnant à voir la vie ordinaire des habitants et leurs manières d’habiter dans des formes d’habitat variées. Les expériences de patrimonialisation et de médiation dans différents quartiers, dont ces actes se font l’écho, participent à ces nouvelles approches. Du Moyen Âge jusqu’à nos jours, c’est un dialogue disciplinaire qui se noue en explorant des territoires divers et parfois inattendus. Ces actes sont issus du colloque organisé les 16 et 17 novembre 2023 au musée Jean-Claude Boulard du Mans.

Du port au monde - Une histoire globale des ports Indochinois
Et si l’histoire de l’Indochine et du Việt Nam s’écrivait d’abord depuis les ports ? Interfaces entre terre et mer, entre époques et sociétés, zones de contact (contact zones) et lieux « d’hybridation » par excellence, ils sont au cœur des connexions où se négocient pouvoirs, circulations et « modernités ». Issu d’un programme de recherche et d’un grand colloque international – INDOPORTS – accueilli à Đà Nẵng en octobre 2022, ce volume collectif propose une histoire au long cours, globale, connectée et comparée des ports de l’ancienne Union indochinoise (Việt Nam, Cambodge, Laos, Guangzhouwan). Des chercheurs en histoire, géographie, économie, droit, littérature, anthropologie, architecture et urbanisme y croisent leurs travaux pour explorer non seulement la séquence coloniale, mais aussi ses antécédents et prolongements, et tenter de saisir les territoires et les dynamiques humaines qui les animent. Des ports des royaumes Việts anciens (xviie - début xixe siècles) aux grands ports à conteneurs du xxie siècle, l’ouvrage explore toutes les échelles (locale, régionale, [trans-]nationale, [trans-]impériale, globale) et toutes les dimensions des mondes portuaires : juridiques et sanitaires ; économiques et logistiques ; militaires et stratégiques ; sociales, culturelles et patrimoniales. En prenant ensemble grands ports et petits ports de cabotage, il restitue la diversité des acteurs, des infrastructures, des systèmes et des circulations – et, peut-être surtout, leur connectivité. Du port au monde – de la voile à la mondialisation logistique –, il articule arrière-pays (hinterland) et avant-pays (foreland), et met en regard données, pratiques, imaginaires et mémoires pour éclairer continuités, bifurcations et ruptures. Plutôt qu’une conclusion fermée, ce livre offre une synthèse ouverte : un nouveau prisme pour penser le Việt Nam et l’Indochine par la mer.

Centaurus. Journal of the European Society for the History of Science, Volume 65 (2023), Issue 3
This special issue of Centaurus brings together historians from Latin America and Europe to trace the history of some scientific collections and museums, in order to reassess their significance and to draw a more nuanced international geography of the sciences. Our dossier focuses on “provincial” natural history and archaeology museums and collections. For the sake of simplicity, we use the term “provincial” to qualify these “peripheral” spaces that encompassed colonial and post-colonial territories as well as the European provincial regions, but the label is only a convention as some of these collections were sometimes displayed in national capitals. Focusing on objects, people, or institutions, with case studies from Mexico, Uruguay, Peru, Brazil, Northern Italy, Catalonia, and Switzerland, the articles gathered here reveal the scholarly practices and sociability of the many collectors, brokers, and go-betweens acting in the “provinces,” especially those of the amateurs. These essays show the relevance of the history of provincial collections to the wider history of scientific museums. Indeed, the shift of focus from the major institutions of the metropolitan capitals to the many collections and museums created in less central cities and regions sheds light on many issues that have remained in the background within the more centrally focused historiography.

Les Normands - Acteurs de la mondialisation
C’est un voyage dans l’histoire de la Normandie que propose ce livre, à partir de la présentation d’un fait majeur mais dont ses habitants n’ont pas toujours conscience : la place remarquable de cette région dans la mondialisation. Alors que le xvie siècle émerge dans beaucoup de régions, y compris maritimes, la mondialisation a concerné la Normandie dès le Moyen-Âge, grâce aux conquêtes des Normands en Angleterre et en Italie méridionale, et grâce à leur présence dans la principauté d’Antioche. Tous ces événements se sont traduits par des épopées militaires et politiques mais aussi par d’intenses transferts économiques et culturels entre la Normandie et ces territoires. Le Havre, Dieppe, Rouen, Honfleur, les ports du Cotentin jouent un rôle de premier plan dans la dynamique atlantique qui touche la France jusqu’à la Révolution française. Dans la seconde moitié du xixe siècle, avec les progrès de la révolution industrielle, l’atout que constitue pour la Normandie la position privilégiée de la Seine qui relie le centre de commandement politique et économique parisien à l’une des mers qui devient parmi les plus fréquentées du monde.

Madagascar, la France et l'Océan Indien - Troisièmes entretiens de l'Académie des sciences d'outre-mer
À l’aune des relations franco-malgaches, quels défis et quelles perspectives pour Madagascar aujourd’hui ? Tel était l’objet des « Entretiens » organisés par l’Académie des Sciences d’Outre-mer à l’Académie nationale des arts, des lettres et des sciences de Madagascar (Antananativo) en mars dernier, axés autour de deux grandes thématiques : les enjeux du développement durable et les héritages patrimoniaux et enjeux culturels. Parmi les thématiques abordées : • L’explosion démographique à Madagascar, du capital humain au péril humain ; • La place des entreprises françaises dans l’économie malgache pendant la Première République (1958-1972) ; • Le tourisme colonial à Madagascar ; • La valorisation de la recherche à Madagascar : quelles stratégies d'impacts pour un développement soutenu ? ; • Un retour sur la communauté villageoise des fokonolona ; • Les défis à relever pour les apprenants malgaches de langues européennes

Enfants eurasiens d’Indochine aux vents de la décolonisation
Des milliers d’enfants métis nés dans l’Indochine coloniale ont été déplacés en France des années 1940 jusqu’au début des années 1970. Il s’agissait tout d’abord de former les jeunes eurasiens pour en faire des cadres pour la colonie puis, après la décolonisation, de les assimiler à la société française. Issues de la rencontre entre dominants et dominées, investies d’enjeux politiques et sociaux très forts, mais aussi idéologiques et démographiques, les personnes concernées ont dû se construire en métropole en tant que migrantes et métisses racisées. Grâce au croisement des archives avec de nombreuses sources orales et une enquête par questionnaire, ce livre reconstruit historiquement l’expérience d’acculturation et de construction subjective des Eurasiens et des Eurasiennes tout au long de leur vie. Le 70e anniversaire de la présence française en Indochine est l’occasion de sortir de l’ombre un pan méconnu de l’histoire coloniale et postcoloniale de la France.

Cloîtrées. Filles et religieuses dans les internats de rééducation du Bon-Pasteur d'Angers, 1940-1990
Depuis le XIXe siècle, la congrégation du Bon-Pasteur d’Angers prend en charge les jeunes filles des classes populaires considérées comme dangereuses ou « incorrigibles ». Elle occupe rapidement une position de quasi-monopole dans la rééducation des filles jusqu’aux années 1960. Par la voie de la justice, l’État, même devenu républicain et laïc, délègue aux congrégations religieuses le soin de corriger les « mauvaises filles », afin de leur permettre « de contracter des habitudes d’ordre et de travail propres à les ramener à la vertu ». Ainsi, 8 000 enfants sont passées entre les murs du couvent de la seule maison-mère d’Angers entre 1940 et 1991, date de sa fermeture. Contestées de toutes parts au tournant des « années 68 », y compris par les jeunes elles-mêmes, ces institutions entrent en crise pour mourir à petit feu. Un modèle moral, éducatif et économique a vécu, sans être à même de se réformer à travers le temps et marquant de son empreinte la vie de dizaines de milliers de jeunes filles.
